unisex

J’ai dix canards coureurs indiens. Il y a probablement des mâles et des femelles. J’aurais pu les sexer comme on dit. Mais à vrai dire, cela ne m’importe peu. Du moment qu’ils soient heureux. Et qu’ils jouent dans l’eau.

Ils jouent toute la journée et ils parlent, sans cesse. Ils pourraient partir, ils sont libres. Mais ils ont décidé de rester, parce qu’ils sont libres.

Au départ ils devaient porter des noms. Comme les moutons, mes poètes anglais. Mais les canards sont difficiles à distinguer. Il y a juste l’aîné qui porte un nom, Raj.

La personne qui aime est toujours la plus forte.

Amélie Nothomb, Les Prénoms Epicènes