Conscience

Il y a maintenant six jours, j’ai enfin décidé de débrancher la machine Facebook. J’ai également désactivé mon Instagram principal. Car j’en ai plusieurs. Plusieurs autres comptes aussi, beaucoup trop. J’en ai eu marre de cette perpétuelle quête de “likes” et d’admiration, cette vacuité qui se cache derrière l’écran du GSM ou de l’ordinateur. C’est une drogue dure, les médias sociaux. Bien pire que l’alcool, pire que beaucoup d’autres. Mais tellement banalisée. Tellement évidents et accessibles. Quasi incontournables. Qui écrit encore dans un carnet ? Qui passe encore dire bonjour ? Qui lit encore des livres, des vrais, pas sur Kindle. Et qui vit encore, pleinement, car après tout, on n’a qu’une vie, et elle vaut plus que de la passer sur une application qui nous censure et nous surveille sans cesse. J’ai écrit, quand je serai morte, je ne voudrais pas laisser derrière moi une page Facebook. J’en connais déjà trop, des amis morts, parfois de leur propre main. Voir leur présence en ligne perdurer me déchire le cœur. C’est quand j’ai appris il y a deux semaines qu’un vieil ami s’est suicidé en janvier, que j’ai pris la décision de quitter ce monde artificiel. J’ai mon propre royaume, il me suffit. Sentir le vent et respirer le parfum des fleurs, caresser mes animaux et jouer, jardiner et cuisiner, sourire aux passants, et écrire, mais surtout pas sur Facebook. Sur papier, avec un crayon bien taillé qui glisse, pour pouvoir se relire, et utiliser une gomme, barrer et corriger. Et ne pas s’inquiéter si ce sera partagé ou liké ou commenté. Ça n’a aucune espèce d’importance. Je n’ai pas besoin de vivre pour le regard des autres, je vis pour moi-même. C’est la seule manière de vivre bien et en harmonie avec le monde. Vivre et créer, dessiner et écrire. Rire et pleurer. C’est ça, vivre. Le reste, c’est juste l’écume qui flotte sur la mer du monde, une écume puante et collante faite d’égos et d’artifices. Et de ce monde-là, je n’en veux plus. J’écris pour moi. Pour me souvenir. 

Quand j’étais enfant, je rêvais de devenir célèbre. Je suis heureuse d’être anonyme. J’ai décidé de vivre cachée. Car l’adage est bien vrai. C’est la seule manière de vivre heureux. Cachée et loin des regards des vautours. Impératrice de mon propre royaume. J’ai toujours des idées noires et des phantasmes. Comme tout le monde. Mais ce ne sont que des phantasmes, rien d’autre.

Une conscience sans scandale est une conscience aliénée.

Georges Bataille